Plantez (suite)

A / LE CHOIX DU TERRAIN

La carte de France-écologie met en évidence les limites climatiques et géologiques de Tuber melanosporum :

a. Sa limite climatique : cette truffe noire se récolte en hiver, à faible profondeur, et peut donc geler. Elle a aussi besoin d’un sol qui se réchauffe bien au printemps, au moment où l’activité mycélienne démarre. C’est pour cela qu’on la trouve plutôt au sud de la Loire, en zone méditerranéenne et sur les plateaux et les pentes exposées sud-est à sud-ouest, à l’abri des vents froids et secs.

b. Sa limite géologique : Tuber melanosporum ne vient que sur sols calcaires, riches en calcium avec un pH optimal compris entre 7,9 et 8,3.
Quels que soient ces types de sols, leur structure doit être grumeleuse et caillouteuse, pour assurer un bon drainage du terrain, un bon ancrage des plants, une bonne exploration par le mycélium du champignon, et jouer un rôle protecteur en surface contre l’évaporation.

c. Son environnement naturel : on augmente ses chances de succès lorsqu’on plante dans un milieu naturellement truffier. La flore présente sur la parcelle est un bon indicateur : érable de Montpellier, ronces, églantier, cornouiller, genévrier, lavande, fétuque ovine, sédum élevé, brome érigé, carex de Haler, serpolet sont ces bons indicateurs.

d. Son antécédent cultural : il faut planter sur sol sain et stérile, c’est-à-dire ayant été cultivé depuis longtemps, sans déboisement récent. En effet, les bois entretiennent des champignons mycorhiziens qui pourraient entrer plus tard en concurrence avec la truffe et contaminer les jeunes plants. La vigne, les céréales, les vergers et les prairies sont des antécédents favorables.

e. Son état physico-chimique : pour le connaître, une analyse physico-chimique de la terre est à réaliser par un laboratoire spécialisé ; nous recommandons :

- L.C.A. de La Rochelle (17)
Mr Christophe LECHEVALIER - 06 32 54 83 74
www.laboratoirelca.com

Téléchargez la fiche Analyse de sol LCA

Téléchargez la fiche technique de Prélèvement LCA

Téléchargez la fiche Tarifs LCA 2009


- Laboratoire TEYSSIER
Route de Junchas - 26460 BOURDEAUX
tél : 04 75 53 31 43/ fax : 04 75 53 37 37
www.laboratoire-teyssier.com

La truffe étant un champignon souterrain, il lui faudra un terrain aéré et drainant (structure grumeleuse), sans excès d’argile (moins de 40 %) et caillouteux.

Sur le plan chimique, l’analyse déterminera :

- sa teneur en CaO (calcium échangeable de 4 à 16 %),
- sa teneur en matière organique (1,5 à 8 %) et la manière dont elle est évoluée dans le sol (C/N voisin de 10),
- sa teneur en éléments minéraux : une fertilité moyenne sans carence ni excès.

Le technicien conseil du laboratoire assure l’interprétation de l’analyse et conseille sur les corrections éventuelles à apporter, ou bien rend un verdict qui déconseille de planter.
Nous-mêmes, après visite sur le terrain et en connaissance de votre parcelle, apportons nos commentaires et pouvons être amenés à moduler certaines affirmations.
L’ensemble des données ainsi recueillies doit permettre de conclure si le terrain est ou non favorable à la production de la truffe.

A noter enfin que la vie biologique du sol est importante : il est rassurant de détecter la présence de galeries de vers, de larves d’insectes ou de fourmis…


B/ LE CHOIX DU PLANT TRUFFIER

Le plant mycorhizé va permettre d’ensemencer le terrain avec la truffe. Le bon choix de l’essence végétale est important. La règle est de planter ce qui vient le mieux naturellement.

Espèce Descriptif Avantages Inconvénients
Chêne vert - feuillage coriace et persistant comme le houx
- pas de repos végétatif en hiver
- essence méditerranéenne

- bien adapté à la sécheresse
- facile d’entretien (pas de problèmes phytosanitaires ; facile à tailler)
- croissance lente et régulière - production précoce, dès 4 à 6 ans, et peu de risques de contamination par d’autres champignons concurrents
- esthétique car il reste vert toute l’année
- le gibier n’apprécie guère ses feuilles piquantes
- sensible au gel, surtout lorsque l’hygrométrie est élevée : cours d’eau à proximité ou bas-fonds
- éviter de planter en période gélive
- la pérennité de sa production est moindre en terrain fertile poussant
Chêne pubescent - appelé communément « chêne blanc »
- c’est l’arbre truffier par excellence
- son feuillage reste présent en hiver en devenant marron
- système pileux sous les feuilles
- arbre plus fréquent dans le sud-ouest et en altitude dans le sud-est
- production sûre dans le temps (arbres centenaires producteurs !)
- arbre rustique et en repos végétatif l’hiver, donc résistant au gel
- entrée en production moins rapide que le chêne vert (vers 8 à 10 ans)
- sensible à l’oïdium et aux parasites

Chêne pédonculé

- variété « Michelin » dans le sud-est
- feuillage dentelé, sans poils sous les feuilles, tombant dès l’entrée de l’hiver
- gland relié à l’arbre par un pédoncule
- croissance rapide
- production précoce (vers 4 à 6 ans)
- repos végétatif en hiver
- débourre tôt au printemps, donc sensible aux gelées printanières
- peu rustique, il préfère les terrains frais et profonds, incompatibles avec Tuber melanosporum
- affinité particulière avec Tuber brumale
- croissance forte qui provoque la fermeture du milieu plus rapidement
- faible pérennité de production
- sensible à l’oïdium et aux parasites
- craint les excès de calcaire (chlorose)
Noisetier - origine des semences : variété Négret à petits fruits - croissance rapide
- production précoce (vers 4 ans)
- repos végétatif en hiver ; il ne craint pas le gel
- contrôle de la mycorhization facile car doté d’un chevelu racinaire abondant et superficiel
- son système racinaire traçant, piège facilement tout champignon indésirable comme Tuber brumale
- peu rustique, il préfère les terrains frais et profonds
- croissance rapide qui provoque la fermeture du milieu favorable à Tuber uncinatum
- faible pérennité de production
- coûteux en main d’œuvre (taille, drageons, parasitisme)
- la présence de noisettes attire les rongeurs !
- craint les excès de calcaire (chlorose)

Nous produisons aussi, mais uniquement sur commande, d’autres espèces comme le chêne Kermès, le chêne cerris (ou chevelu), le noisetier de Byzance, le tilleul, le pin, le charme.
Utilisez des plants de 1 an dont la reprise est meilleure sur terrain peu profond que celle des plants plus âgés et trop développés.

La densité de plantation varie de 250 à 550 plants par hectare.

- Haute densité (ex : 6 m x 3 m, soit 555 plants / hectare) : espoir de produire plus rapidement mais durée de vie de la truffière plus courte par fermeture du milieu. A éviter sur terrain fertile et avec des essences poussantes comme le noisetier et le chêne pédonculé.

- Basse densité (ex : 6 m x 6 m, soit 277 plants / hectare) : à contrario, entrée en production moins rapide mais durée de vie plus longue. Plus le terrain est riche, plus on plante large et plus on peut cultiver intensivement.


C/ LA PREPARATION DU SOL

La préparation du sol varie en fonction du terrain et du précédent cultural.
Elle doit être réalisée avec soin, en temps voulu, et sur un sol bien ressuyé.
En gros, c’est la même technique que celle utilisée pour préparer une culture de céréales : labour léger de 30 cm repris par des façons superficielles au vibroculteur ; on évitera tout défonçage en profondeur qui remonterait de la mauvaise terre en surface et aussi de gros cailloux.
Par contre, sur un terrain qui n’a pas été travaillé depuis plusieurs années, un décompactage au ripper sur la ligne de plantation (40-50 cm) est conseillé. Il aura pour but de favoriser l’installation du chêne à système racinaire pivotant et de lui assurer plus tard une bonne réserve d’eau.

Deux cas de figure se présentent :

- Plantation dès la préparation :
Elle peut se faire sur :
- d’anciennes cultures (vigne, céréales) : labour croisé peu profond avec charrue à disque et/ou passage d’un cultivateur ;
- des cultures associées (vigne, lavandin) : plantation directe en lignes intercalaires ou sur le rang. Supprimer en fin de culture cep ou lavande en laissant en place les racines.

- Plantation après une culture intercalaire de 2/3 ans (céréales, sainfoin, luzerne) :
- Pacage et friche : démonter le pacage (cover crop lourd) puis préparation superficielle ;
- Boisement, garrigue : arrachage, évacuation des souches et racines, puis labour croisé peu profond avec charrue à disques et/ou cultivateur ;

Remarques :
- Ne pas enfouir la matière organique si l’analyse de sol a révélé un C/N > 10 ;
- Restaurer les fossés de drainage qui existent en bordure de parcelle ;
- Raccorder la plantation à la source d’eau prévue pour l’irrigation.

Corrections :

- Corriger si nécessaire le pH du sol par :
• un apport de calcaire broyé, ou de dolomie si le sol est carencé en magnésium,
• un chaulage uniquement si le terrain est riche en matière organique dont la chaux favorise la destruction
- Agir sur la teneur en matière organique et la minéralisation :
• si C/N < 9 : apport de matière organique riche en carbone (rafles de maïs par exemple)
• si C/N > 12 : apport d’ammonitrate d’urée sans enterrer la matière organique.

D/ LA PLANTATION

Opération décisive : une mauvaise plantation retardera l’entrée en production et pourra engendrer des pertes de plants la 1ere année ; de la qualité de la plantation dépendra toute la vie future de l’arbre.

a. L’époque : les plants sont livrés en pots ; on peut donc planter jusqu’en mai, date limite.
Pour les chênes pubescents, pédonculés et noisetiers, nous vous conseillons de planter fin octobre / début novembre.
Pour les chênes verts, nous vous conseillons de planter soit en novembre afin que les jeunes plants puissent s’engourdir avant les grands froids d’hiver, soit en mars / avril lorsque le risque de gel, s’il existe, est passé.

b. Le piquetage : tracé au cordeau et piquetage du terrain à l’aide des tuteurs qui serviront ensuite pour la tenue des filets de protection contre les rongeurs, ou utilisation du laser.

c. La plantation proprement dite :

Réception des plants :
- dès réception, les sortir de leur emballage de transport en les laissant dans leurs godets ;
- les entreposer dans un local sec, aéré, à l’abri du gel, et à la lumière s’il s’agit de chênes verts.

Préparation des plants :
Pour faciliter le dépotage, il est important d’humidifier la motte, soit en arrosant les plants, soit en immergeant complètement les godets pendant quelques minutes.

Réalisation :
- préparer des trous cubiques de 25 à 30 cm
- presser avec les mains l’ensemble pot + motte pour que le substrat ne se désolidarise pas du système racinaire
- ouvrir le pot en le dégrafant de haut en bas pour libérer la motte
- prendre la motte avec soin et la positionner au fond du trou
- remplir le trou de terre fine autour de la motte et jusqu’au sommet. Bien tasser avec les deux mains et finir de combler le trou ; le haut de la motte du plant doit être enterré de 4 à 5 cm par rapport au niveau du sol.

Attention ! N’ajouter ni terreau ni tourbe car ce sont des matières acides

- arroser (3 à 5 litres / plant selon le type de sol) sauf en période de gel où il faudra différer l’arrosage jusqu’au printemps. Cette opération permet d’éliminer les poches d’air et favorise donc la reprise
- butter légèrement les plants tout en laissant autour et à 15 cm du plant une cuvette de quelques centimètres de profondeur pour retenir l’eau de pluie
- un paillage, soit avec du plastique noir, soit avec des fibres naturelles (jute par exemple) (éviter la paille qui attire les mulots et a souvent été traitée avec des fongicides indésirables) peut être ensuite installé pour maintenir un sol propre autour du plant les premières années
- placer un tuteur de 1 m de haut à 10 cm minimum du collet du plant, de 6 à 10 cm de diamètre s’il est en bois ; préférer par commodité un fer à béton de 6 mm de diamètre
- placer un filet de protection ou mieux une mini-serre (tubex) ; butter le tubex sur 20 cm de haut

Téléchargez la fiche complète